Marcello Conviti :
Le nom de CARMAT est la contraction des noms du Pr. Carpentier et de Matra pour rendre hommage à son créateur (le Pr Alain Carpentier) et à Jean-Luc Lagardère.
La société CARMAT a été créée en 2008 par Truffle Capital, La fondation Carpentier et EADS, après 15 années de R&D commune entre le Pr. Carpentier et
les ingénieurs du groupe EADS, leader européen de l’aéronautique et de l’espace.
Rappelons que le groupe EADS (European Aeronautic Defence and Space) est né de la fusion des groupes Aérospatiale Matra, DASA (Daimler Chrysler Aerospace)
et CASA (Construcciones Aeronauticas).
Boursica : Est-ce le Professeur Carpentier qui est à l’origine de la société ?
Marcello Conviti :
La Fondation Carpentier, Truffle Capital et EADS sont les co-fondateurs de la société CARMAT.
Boursica : Pouvez-vous me dire quand l’idée d’un cœur artificiel a germé dans son esprit ?
Marcello Conviti :
Le premier brevet du Pr Carpentier concernant un cœur artificiel a été déposé en 1988.
En effet, après avoir mis au point les valves cardiaques biologiques Carpentier-Edwards®, reconnues par le monde médical au plan international,
le Pr Carpentier a voulu créer un cœur artificiel total pour aller plus loin et redonner espoir et qualité de vie aux milliers de malades insuffisants cardiaques
non éligibles à une transplantation et pour lesquels la thérapeutique médicamenteuse classique a échoué. Les valves cardiaques biologiques Carpentier-Edwards®,
mises au point par le Pr Carpentier, sont des composantes cruciales du cœur artificiel CARMAT.
Boursica : Est-ce que le fait que le professeur Carpentier soit Président de l’Académie des Sciences pour la période 2011-2012,
soit un avantage pour CARMAT ?
Marcello Conviti :
Que le Pr Carpentier bénéficie de la reconnaissance de ses pairs, qui l’ont nommé à la Présidence de l’Académie des Sciences,
apporte encore plus de crédibilité au projet du cœur artificiel CARMAT.
Le Pr Carpentier est un Chirurgien cardiaque de renommée internationale qui est aussi titulaire du prix LASKER en 2007.
Il vient également de recevoir le prestigieux prix de la Warren Alpert Foundation aux Etats-Unis.
Boursica : Quel est le rôle du Professeur Carpentier aujourd’hui dans CARMAT ?
Marcello Conviti :
Le Pr Carpentier est Directeur scientifique et Membre du Conseil d’Administration. Il préside le Comité Scientifique de CARMAT,
qui travaille à la préparation et la mise en place des premiers essais cliniques sur l’homme.
Boursica : Le comité scientifique est cosmopolite. Comment s’organise le suivi ?
Marcello Conviti :
Le Comité Scientifique se réunit régulièrement, et des réunions individuelles avec les membres du comité sont aussi fréquentes.
Les membres du comité sont informés des progrès de CARMAT lors des congrès ou de leurs visites chez CARMAT.
Boursica : Revenons au cœur artificiel. A quel stade se situe son développement ?
Marcello Conviti :
Le développement du cœur même, de la bioprothèse cardiaque, est terminé. En attendant l’obtention des agréments du CPP (Comité de protection des personnes) et
de l’AFSSAPS pour le début des essais cliniques, CARMAT poursuit les tests sur bancs d’essais. Les données techniques et cliniques seront ensuite réunies
pour le marquage CE et le début de la commercialisation. En parallèle, CARMAT poursuit le développement des parties externes du système (batteries, connectique,
communication) pour augmenter la mobilité, l'autonomie et la qualité de vie du patient, notamment grâce à une nouvelle génération de piles
permettant une autonomie supérieure à 12 heures avec un poids réduit.
Ces dispositifs offriront au cœur CARMAT des avantages concurrentiels majeurs. CARMAT travaille également sur les aspects de production et notamment sur
la mise en place d’une 2ème source d’approvisionnement pour tous les composants critiques.
Boursica : Avez-vous prévu une échéance pour une première implantation sur l’homme ?
Marcello Conviti :
Nous espérons pouvoir réaliser les premières implantations dans les prochains mois. Il s’agit d’un produit très innovant où l’enjeu est la vie du patient.
Il est donc normal que d’une part CARMAT, et d’autre part les autorités réglementaires, prennent tout le temps nécessaire à la validation technique et
à l’examen du protocole.
Boursica : Avez-vous déjà des demandes ?
Marcello Conviti :
Le projet de CARMAT suscite beaucoup d’espoir auprès des patients, de leurs familles et de leurs médecins. Nous avons donc beaucoup de demandes d’information.
Mais il est encore trop tôt pour savoir où se feront les premières implantations. Le comité scientifique de CARMAT examinera les profils des patients proposés
par les centres de l'étude, et décidera en toute indépendance de leur sélection sur des critères cliniques et éthiques (rapport risque / bénéfice
pour chaque patient). En tout état de cause, cet examen formel ne pourra débuter avant l’obtention des autorisations réglementaires (CPP et Afssaps)
toujours en cours.
Boursica : Pensez-vous développer d’autres organes artificiels ?
Marcello Conviti :
Il est vrai que les brevets et méthodes de CARMAT pourraient s’appliquer à d’autres organes, notamment le pancréas.
Mais pour l’instant, nous sommes totalement investis dans le succès de notre projet actuel, le premier cœur artificiel bioprothétique et autorégulé.
Boursica : Où sont les limites technologiques dans la conception des organes artificiels ?
Marcello Conviti :
Les limites sont constamment repoussées par les progrès réalisés dans toutes les disciplines qui participent au développement d’un organe artificiel :
capteurs, électronique, miniaturisation, nouveaux matériaux... Par exemple en 15 ans, il a été possible de diviser par deux le poids de notre cœur artificiel,
et de diviser sa consommation par 4, rendant ainsi possible l’implantation d’un cœur artificiel totalement autorégulé.
Boursica : Le cœur CARMAT s’adapte-t-il à tous les patients ?
Marcello Conviti :
Le prototype de la bioprothèse CARMAT devrait être évalué d’abord chez des patients ne pouvant bénéficier d’autre thérapeutique et au pronostic vital engagé
(malades en insuffisance cardiaque bi-ventriculaire terminale ayant épuisé toutes les possibilités), puis, en fonction de leurs résultats,
chez des patients de meilleur pronostic. Par ailleurs, les patients devront avoir une cage thoracique d’un volume suffisant pour accueillir la prothèse.
Nous mettrons à la disposition des médecins un outil de simulation virtuelle 3D permettant de vérifier cette compatibilité avant l’implantation.
Boursica : On parle souvent de « rejet » dans les transplantations cardiaques.
Ce risque existe-t-il dans les mêmes proportions avec un organe artificiel ?
Marcello Conviti :
Le phénomène de rejet ne se produit que lorsqu’on l’on implante des tissus ou des organes « vivants » d’un donneur humain ou animal.
Le système immunitaire tente alors de rejeter cet élément vivant étranger, comme il le ferait par exemple avec une bactérie.
Le cœur CARMAT n’utilise que des matériaux biologiquement neutres et inertes.
C’est d’ailleurs les recherches du Pr Carpentier il y a plus de 30 ans, qui ont permis l’utilisation dans les valves cardiaques de tissu d’origine porcine
ou bovine. Le cœur CARMAT utilise les mêmes matériaux biologiques ou des matériaux synthétiques ayant déjà fait la preuve de leur biocompatibilité à long terme.
Contrairement à la transplantation, il n’y a aucun risque de rejet. Les patients ne devront donc pas prendre à vie des traitements immuno-suppressants lourds
et qui comportent de nombreux effets secondaires.
Boursica : Combien y a-t-il de patients en attente d’une greffe dans le monde ?
Marcello Conviti :
Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde (30% en 2005 dans le monde et 48% en 2008 en Europe).
L’unique solution actuelle à l’insuffisance cardiaque bi-ventriculaire terminale est la transplantation.
Malheureusement environ 4 000 transplantés sont recensés chaque année dans les pays développés pour un besoin estimé à 100 000 par an.
Aujourd’hui, le traitement essentiellement palliatif des patients au stade avancé de la maladie est très coûteux.
Plus d’1,6 milliard d’euros a ainsi été dépensé en 2007 pour l’insuffisance cardiaque grave – uniquement par le régime général de l’Assurance Maladie Française
et les patients en phase terminale représentent entre 60 et 90% du coût total. Le coût total de l’insuffisance cardiaque chronique aux États-Unis était
de l’ordre de 39 milliards de dollars en 2006. Le nombre de patients atteints d’insuffisance cardiaque en Europe élargie
(51 pays adhérents de la Société Européenne de Cardiologie) et aux États-Unis est respectivement estimé à 15 millions et 5,8 millions de patients.
Boursica : Avez-vous déjà une idée sur le prix unitaire d’un cœur artificiel ?
Marcello Conviti :
Le prix devrait s’établir entre 140 000 et 180 000 euros.
Boursica : Par qui seront financées les implantations pour les patients en France ?
Marcello Conviti :
Les implantations de la phase clinique sont, conformément à la loi, entièrement financées par CARMAT. A terme, les données cliniques
et médico-économiques recueillies permettront de soumettre une demande de remboursement aux autorités de santé compétentes, en France et dans d’autres pays.
Boursica : Y a-t-il une barrière d’entrée pour les patients selon les pays ?
Marcello Conviti :
Dans les pays développés, les solutions innovantes sont généralement bien acceptées, en particulier si le rapport coût/ bénéfice clinique est favorable.
Les barrières sont le plus souvent d’ordre réglementaire, à savoir la soumission de dossiers à différentes autorités compétentes, avec des délais
qui varient fortement d’une région à une autre.
Boursica : Pensez-vous que l’invention du cœur artificiel va contribuer à rallonger l’espérance de vie ?
Considérez-vous que cela puisse soulever un problème d’éthique ?
Marcello Conviti :
Le cœur artificiel physiologique de CARMAT offrira une véritable alternative à la transplantation, et permettra de répondre
aux problèmes d’insuffisance cardiaque avancée terminale, un besoin de santé publique aux implications socio-économiques majeures.
L’insuffisance cardiaque est une maladie évolutive et incurable dont la prévalence est en constante augmentation dans les pays développés et le pronostic sévère :
moins de 50% de survie 5 ans après le diagnostic, plus de 40% de décès dans l’année qui suit la première hospitalisation.
En France, l’insuffisance cardiaque touche 600 000 personnes avec plus de 100 000 nouveaux cas et 32 000 décès par an.
CARMAT s’est fixée comme objectif de pallier à ce manque de greffons, en offrant une solution thérapeutique aux malades insuffisants cardiaques
non éligibles à une transplantation, et ayant épuisés toutes les possibilités médicamenteuses auxquels aucun produit n’est proposé actuellement.
Il nous semble que proposer une solution à des patients, qui n’en ont plus aucune, est une réponse éthique plutôt qu’un problème éthique.
Et ce d’autant plus si cette solution présente un rapport coût/ bénéfice favorable pour la société, ce que nous espérons démontrer à terme.
Boursica : Y a-t-il déjà eu, dans le passé, des tentatives de conception de cœur artificiel ?
Marcello Conviti :
Il existe déjà quelques modèles de prothèses cardiaques mais elles sont de conception ancienne, et reposent sur des systèmes pneumatiques ou mécaniques
qui sont à l’origine de complications thromboemboliques fréquentes chez leurs porteurs.
A l’issue des essais cliniques, CARMAT pourrait disposer du cœur artificiel le plus avancé au monde, proposant les bénéfices combinés de l’utilisation
de matériaux biologiques et de la réponse automatique aux besoins physiologiques des patients. Répondant à un enjeu majeur de santé publique
et se positionnant sur un marché en pleine croissance, CARMAT se place désormais comme le pionnier des organes artificiels évolués, au service des patients.
Boursica : Des pays très avancés technologiquement comme les États-Unis, sont passés à côté de l’invention du cœur artificiel.
Comment l’expliquez-vous ?
Marcello Conviti :
La France est aussi un pays très avancé technologiquement, et notamment dans les domaines de la médecine, de l’aéronautique et de l’énergie,
trois domaines qui sont justement réunis dans le système CARMAT. CARMAT a aussi pu bénéficier du soutien des pouvoirs publics à l’innovation,
sous la forme d’une aide de 33 M€ d’Oseo, l’aide la plus importante jamais accordée à une PME innovante. Les États-Unis sont à l’origine des cœurs artificiels
de 1ère et 2nde génération, pneumatiques et mécaniques. Il semble que la France ait, avec le cœur CARMAT, pris une avance considérable pour le cœur de
3ème génération, en particulier grâce à l’expérience du Pr Carpentier dans le domaine des biomatériaux.
Boursica : Les entreprises américaines sont spécialistes de la guerre des brevets. CARMAT a-t-elle protégé ses découvertes ?
Marcello Conviti :
Oui, CARMAT dispose d’une forte propriété intellectuelle protégée par plusieurs brevets internationaux détenus en nom propre, et classés en deux catégories :
d’une part les brevets liés à l’architecture du cœur artificiel total et d’autre part les brevets liés aux matériaux hémocompatibles
et aux sous-ensembles de la prothèse.
Boursica : Chaque composant du cœur artificiel CARMAT est-il une propriété de CARMAT ?
Marcello Conviti :
Les composants critiques et uniques, comme les biomembranes, sont protégés par des brevets et fabriqués directement chez CARMAT.
Pour de nombreux autres composants, CARMAT agit selon le modèle de l’aéronautique, comme un intégrateur. Des sous-traitants fabriquent donc certains composants,
mais toujours d’après un design et des spécifications qui nous sont propres.
Boursica : Le cas échéant allez-vous être contraint de verser des royalties aux détenteurs de ces composants ?
Marcello Conviti :
Les seules royalties prévues lors de la création de CARMAT sont celles qui seront versées au Pr Carpentier.
Boursica : Votre parcours boursier est extraordinaire. En êtes-vous surpris ?
Marcello Conviti :
Nous avons été un peu surpris et surtout très touchés par l’enthousiasme et le soutien de nos actionnaires, institutionnels comme particuliers.
CARMAT se placera sur un marché très important, mais c’est aussi une incroyable aventure humaine et technologique.
C’est certainement cet aspect humain qui explique en partie ce parcours extraordinaire, et qui nous permet de financer notre développement clinique et industriel.
Boursica : Pourquoi avoir choisi Alternext pour vos cotations ?
Marcello Conviti :
Nous avons choisi Alternext qui était le compartiment le plus adapté pour la jeune société technologique que nous sommes.
Alternext nous offre la visibilité nécessaire, sans les contraintes réglementaires d’autres compartiments.
Boursica : Envisagez-vous de quitter Alternext pour un autre compartiment de cotation ?
Marcello Conviti :
Nous pourrions le faire car notre capitalisation boursière est proche de 400M €. Néanmoins, nous sommes encore une petite entreprise
et toutes nos ressources et toutes nos énergies sont aujourd’hui tournées vers le succès des essais cliniques.
Il ne nous apparait pas opportun de changer de compartiment à ce stade.
Boursica : Votre cours évolue autour de 100 € après une pointe à 200 €.
Avez-vous dans l’idée de le diviser pour le rendre psychologiquement plus accessible aux petits porteurs ?
Marcello Conviti :
Une division du nominal n’est pas envisagée pour l’instant.
Boursica : Vous pesez déjà plus de 400 millions d’euros de capitalisation boursière.
Selon vous quelle peut être la juste valorisation de CARMAT compte tenu de ses perspectives ?
Marcello Conviti :
La valorisation de l’innovation est souvent importante, en particulier dans le domaine cardiovasculaire.
Elle présente une forte réactivité à la réalisation des étapes clés, notamment les résultats cliniques et le marquage CE.
Il est encore difficile de se prononcer à ce stade. CARMAT a déjà franchi avec succès plusieurs étapes majeures de création de valeur,
comme la création d’une salle blanche, la certification ISO, les dépôts de brevet, la sécurisation d’approvisionnements stratégiques...
Boursica : Votre trésorerie est conséquente. A quoi va-t-elle vous servir ?
Marcello Conviti :
Comme nous l’avions annoncé lors de l’augmentation du capital de juillet dernier, les fonds vont servir tout d’abord à financer les essais cliniques,
en France puis en Europe. En parallèle, nous investissons dans le développement de systèmes externes évolués pour donner au patient une qualité de vie optimale.
Enfin la qualification de deuxième source pour tous les composants critiques nous permet de préparer la montée en puissance de la production
en amont de la commercialisation.
Boursica : CARMAT sera-t-elle une action de bon père de famille ?
Peut-on envisager un rendement pour les actionnaires l’année de la commercialisation du cœur CARMAT et des premières transplantations ?
Marcello Conviti :
Il est probable qu’à l’instar d’autres medtechs, CARMAT sera d’abord une valeur de croissance avant d’être une valeur de rendement.
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