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1er janvier 2012


Interview exclusive de Jacques BITON,
Jacques BITON, DG de Deinove Directeur Général de Deinove

Boursica : Pouvez-vous nous expliquer d'où vient le nom de Deinove ?

Jacques Biton :

Deinove signifie l'innovation par les Déinocoques, donc la société affiche clairement son objectif et son métier dans son nom !

Boursica : Que sont exactement les Déinocoques ?

Jacques Biton :

Les Déinocoques sont des bactéries apparues il y a plusieurs milliards d’années sur terre. Elles sont très robustes car elles résistent à des conditions extrêmes d’irradiation, de dessiccation et à des stress divers. Pour cela, elles ont la capacité unique dans le monde des bactéries d'auto-réparer leur génome endommagé par un stress. Déinocoques De plus, les Déinocoques expriment une des plus grandes biodiversités du monde vivant : en effet, les Déinocoques ont, au cours de milliards d’années d’évolution en milieux géologiques et climatiques hostiles, emprunté à d’autres organismes (bactéries rares, levures, végétaux…) des fragments de génome et donc des propriétés métaboliques puissantes. Parmi ces propriétés acquises par les Déinocoques figure la capacité de se nourrir des principaux composants de la biomasse végétale, souvent inutilisables par les autres bactéries, en les transformant en sucres simples, puis ensuite de convertir ces sucres pour les transformer en éthanol ou butanol (par fermentation) ou en toute une série d’autres composés chimiques d’intérêt industriel. Par chance, ces bactéries sont sans danger pour l’homme et pour l'environnement.
Ainsi, le Déinocoque peut d'une part transformer des matières premières que les autres bactéries ne peuvent pas traiter et donc permettre d'utiliser des composants végétaux inexploités. D'autre part, ces Déinocoques sont des usines cellulaires permettant de produire des produits tant dans le domaine de la chimie verte que de l'énergie.
La richesse biologique des Déinocoques et leur grande robustesse permet d’envisager de nombreuses applications industrielles et Deinove a prévu leur exploitation dans les biocarburants, la chimie verte et les antibiotiques.

Boursica : Quel est brièvement l'historique de la société Deinove ?

Jacques Biton :

Deinove a été fondée fin 2006, suite à la rencontre entre le docteur Philippe Pouletty, directeur général du fond Truffle Capital (Paris) et « serial entrepreneur » et le professeur Miroslav Radman (Grand Prix Inserm 2003, membre de l’Académie des Sciences, Université Paris-Descartes), un des pères de la biologie moléculaire mondiale et découvreur du mécanisme de résistance au stress des Déinocoques.
Après 3 ans de travaux, Deinove a levé 12,1 millions d’euros lors de son introduction en bourse sur le marché Alternext en avril 2010.
Aujourd'hui, Deinove compte 28 salariés entre son siège social parisien et ses laboratoires de Montpellier.

Boursica : Monsieur Biton, quel est votre parcours professionnel ?

Jacques Biton :

De formation docteur-ingénieur en microbiologie, avant d’intégrer Deinove, j’ai cofondé en 2004 la société Oroxcell, société d’expertise en recherche pharmaceutique. Auparavant, j’ai travaillé dans le secteur des biotechnologies au sein de plusieurs groupes industriels. Mon dernier poste, chez Sanofi-aventis, était celui de responsable de groupe et chef de projet dans le domaine des anti-infectieux.

Boursica : Quel est le cœur de métier de Deinove ?

Jacques Biton :

Deinove est une société de technologies vertes développant des procédés biologiques innovants, pour la production de biocarburants et de produits de chimie verte, utilisant des bactéries aux propriétés naturelles exceptionnelles, les Déinocoques.

Boursica : Avez-vous des concurrents directs dans l'exploitation des déinocoques ?

Jacques Biton :

Deinove est la seule société au monde exploitant les Déinocoques. Les autres sociétés de biotechnologie, actives dans le domaine des biocarburants et de la chimie, utilisent des bactéries moins puissantes et plus fragiles, Deinove optimise et exploite la biodiversité naturelle des Déinocoques robustes et toute l’étendue de leurs propriétés.

Boursica : Quels sont vos axes de développement ?

Jacques Biton :

Nous suivons trois axes de développement :
  • En premier, le développement d'un procédé de production de bioéthanol utilisant des Déinocoques et permettant de diversifier la matière première utilisée. Pour cela, nous avons un projet spécifique, le projet Deinol, avec le grand groupe éthanolier et sucrier Tereos. Ce projet a pour objectif, d’ici à 2014, d’ouvrir la voie à la production par le Déinocoque, d’éthanol cellulosique (dit éthanol de 2ème génération) dans les installations industrielles existantes.
  • En second, nous cherchons à produire par une voie biologique et économiquement compétitive, des composés d’intérêt pour les marchés de la chimie. Nous réalisons cela à travers le projet Deinochem, qui a pour objet d’explorer les remarquables propriétés des Déinocoques (robustesse, biodiversité) comme usines cellulaires de production.
  • Ensuite, nous recherchons de nouvelles structures antibiotiques, produite par les Déinocoques, pour contrer les résistances aux antibiotiques classiques à travers un projet dénommé Deinobiotics.

Boursica : Quels peuvent être les débouchés au niveau des biocarburants ?

Jacques Biton :

Biocarburant Deinove Nous cherchons à mettre au point un procédé plus rentable, plus écologique et n'utilisant pas, à terme, de ressources alimentaires Nous obtiendrons le même bioéthanol mais dit de 2nde génération, car n'entrant pas en compétition avec les usages alimentaires de la matière première de départ.

Boursica : Pensez-vous qu'avec vos procédés la production de biocarburant soit un jour compétitive par rapport au cours du pétrole ?

Jacques Biton :

La question ne se pose pas en ces termes... Le Bioéthanol est une réalité économique et industrielle. Il est actuellement impossible en France, de consommer le moindre litre d'essence dans lequel n'est pas présent du bioéthanol ! Donc, notre procédé doit être compétitif à l'aune du procédé actuel, celui-ci utilisant exclusivement les sucres simples de matière première agricole (blé, mais, betterave, canne à sucre …) en faisant l'impasse sur tous les autres constituants de la biomasse végétale, à l'opposé des Déinocoques.

Boursica : Vous êtes présent également dans la ''chimie verte''. Est-ce une voie d'avenir pour l'industrie ?

Jacques Biton :

Bien entendu ! Dans le domaine de la chimie verte nous souhaitons produire divers produits à partir de la biomasse. Ces produits sont principalement des intermédiaires de synthèse chimique de première importance pour la pharmacie, la cosmétique, les industries alimentaires ou encore la production de résines, plastifiants et autres produits chimiques, etc. Si notre projet est concluant, nous pourrons participer à une production industrielle plus écologique et moins coûteuse qu’une production par chimie de synthèse ou pétrochimie.
Recherches Deinove

Boursica : Dans le domaine des antibiotiques, quels sont vos projets ?

Jacques Biton :

Les démarches exploratoires de Deinove sur sa collection mettent en évidence la richesse et l’originalité de l’expression d’activités antibiotiques par les Déinocoques. Si ces structures antibiotiques s'avèrent nouvelles et originales, nous aurons le potentiel pour apporter à un futur partenaire de nouvelles solutions thérapeutiques au traitement des formes de maladies infectieuses de plus en plus résistantes aux antibiotiques classiques.

Boursica : Vos innovations sont-elles protégées par des brevets ?

Jacques Biton :

A ce jour, nous bénéficions d’un solide portefeuille de 13 familles de demandes de brevets internationaux d’application, ce qui représente à ce jour plus de 63 brevets.
Un point majeur pour nos activités a été, en juin 2011, la délivrance de notre brevet fondateur couvrant un procédé d’ingénierie génétique exploitant la capacité unique d’auto-réparation des Déinocoques. Ce brevet constitue la pierre angulaire du portefeuille de propriété intellectuelle de la Société.

Boursica : Attendez-vous un partenaire pour vous épauler dans vos recherches ?

Jacques Biton :

Oui, voire même plusieurs ! En effet, les deux prochaines années vont être très focalisées sur la mise en place de programmes conjoints de recherche collaborative sur les différents segments des marchés visés par nos applications, avec des acteurs industriels leaders dans leurs domaines. Le renforcement de cette approche partenariale est nécessaire au bon déroulement de nos programmes de développement. Nous disposerions ainsi d’accélérateurs pour la mise en œuvre plus rapide de nos bactéries Déinocoques dans un procédé industriel.

Boursica : Votre trésorerie est solide. A quoi vous sert-elle ?

Jacques Biton :

Notre trésorerie nous permet de financer nos programmes de recherche et nos investissements en R&D jusqu'en 2013.

Boursica : Votre parcours boursier est très particulier en 2011. Après un pic à près de 22 € début Juin dans de gros volumes, le cours est actuellement à 6 € dans des volumes très réduits. Comment l'expliquez-vous ?

Jacques Biton :

Comme vous le savez, de nombreux facteurs externes influencent le cours de bourse des sociétés, principalement si elles sont innovantes et relativement petites. C'est pour cela que nous ne commentons jamais le cours de bourse de la société, les banquiers qui suivent notre valeur sont bien plus experts que nous dans cet exercice !

Boursica : Quelles échéances vous fixez-vous pour être rentable ?

Jacques Biton :

Nos premiers revenus, générés par l’aboutissement du projet Deinol devraient arriver en 2014. Nous visons une profitabilité financière cette même année.

Boursica : Estimez-vous probable de recevoir un jour une offre de rachat et le souhaitez-vous ?

Jacques Biton :

Deinove dispose d’une technologie unique qui adresse d’énormes besoins non satisfaits dans des secteurs où il y a peu de solutions industrielles en développement. Il est donc naturel que des sociétés s’intéressent à nos technologies et il n’est pas improbable que nous recevions un jour une offre de rachat.

Boursica : Avez-vous des actionnaires de référence ?

Jacques Biton :

Notre actionnaire historique est un des plus grands acteurs du capital investissement, la société Truffle Capital, qui possède environ 68% de notre capital à travers 7 de ses fonds.
D’autre part, Tereos, notre partenaire industriel, détient 2,5% du capital de la Société.

Boursica : Quelle pourrait être la valorisation de Deinove en cas de succès de ses innovations ?

Jacques Biton :

Il suffit de s’intéresser à ce que font nos concurrents américains, comme Amyris ou Codexis pour voir que le type de technologies comme celles que développe Deinove se valorise très bien, alors même qu’elles ne sont pas encore en phase pleinement commerciale. Ce sont ces comparateurs que nous avons en tête.

Boursica : Un rapprochement avec des acteurs français dans votre domaine est-il envisageable ?

Jacques Biton :

Il ne faut jamais dire "Fontaine, je ne boirais pas de ton eau" ! A ce jour, cette éventualité n'a jamais été envisagée, nous pensons pouvoir amener nos technologies seuls sur le marché, au travers de partenariats avec des acteurs clefs sur nos marchés, sans avoir besoin d'un rapprochement. Néanmoins, le monde industriel du bioéthanol et de la chimie verte est un monde suffisamment actif pour ne pas écarter un tel scénario.

Copyright Boursica.com, source : http://www.boursica.com/interviews-bourse/deinove-jacques-biton-1er-janvier-2012.php


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