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lundi 1er juin 2026 à 18h52

La tentation du jackpot


On les a tous connus. Ces amis, ces collègues, ces cousins qui, entre 2021 et 2023, ont tout liquidé — leurs ETF, leurs actions Total, leur assurance-vie — pour "aller sur la crypto". Le Bitcoin à 60 000 dollars, l'Ethereum qui s'envolait, les NFT qui se vendaient comme des croissants chauds un dimanche matin. L'histoire semblait simple : les vieux actifs étaient morts, le futur était numérique. Ceux qui ne suivaient pas étaient des dinosaures.

Il faut aujourd'hui regarder les chiffres en face.
Le réveil brutal de 2025

L'année 2025 restera dans les annales comme la première baisse annuelle du marché crypto depuis 2022. Pendant ce temps, le S&P 500 progressait tranquillement de +18% sur l'année, le Nasdaq affichait +20%. Bitcoin, lui, chutait de 36% par rapport à son sommet annuel. La corrélation entre les deux marchés, que certains utilisaient pour justifier la "diversification" crypto, s'effondrait dans les trous négatifs. En clair : les actions montaient, la crypto descendait. Beau portefeuille "diversifié", messieurs.

Le tableau de performances en dit long :
Actif                 2024                 2025
S&P 500         +24%                 +18%
Nasdaq 100    +29%               +20%
Bitcoin           +120%                 −36% (depuis le sommet)
Or                   +27%                  solide haussier

L'illusion du rendement passé

"Oui mais Bitcoin a fait ×14 depuis 2020 !" rétorquent les défenseurs de la crypto. C'est vrai. Depuis 2020, 100 € investis en Bitcoin valent aujourd'hui environ 1 473 €, contre 209 € pour le S&P 500. L'argument est réel — à condition d'avoir acheté au bon moment, vendu au bon moment, et surtout supporté psychologiquement des baisses de 50, 60, 70% en cours de route. Combien ont craqué au fond du creux pour tout revendre à perte ? La plupart. Ce n'est pas un investissement pour tout le monde — c'est une loterie pour les nerfs d'acier.

Ce que la bourse offre que la crypto ne donne pas

Les actions, ce ne sont pas que des graphiques. C'est une part de propriété dans des entreprises réelles, avec des bilans, des dividendes, des dirigeants qui rendent des comptes. Depuis 1957, le S&P 500 délivre un rendement annualisé d'environ 6,68% après inflation. Pas spectaculaire. Mais constant, prévisible, régulier. Une mécanique d'horloger face au casino du dimanche.

La crypto, elle, est encore en train de "prouver sa valeur" en 2026. Les ETF Bitcoin ont certes attiré 47 milliards de dollars de flux mondiaux en 2025, frôlant les records — signe que les institutionnels s'y intéressent. Mais l'intérêt institutionnel n'est pas une assurance de stabilité. C'est simplement davantage d'argent dans une machine encore capricieuse.
La leçon : pas l'un ou l'autre, mais les deux — avec sagesse

La vraie erreur n'était pas d'acheter de la crypto. C'était de tout vendre pour y aller. Les investisseurs avisés ont depuis longtemps tranché : 70 à 80% en actifs traditionnels (actions, obligations, ETF), 20 à 30% maximum en crypto pour capturer l'upside sans se noyer dans le downside. Cette allocation hybride n'est pas une capitulation — c'est de la gestion de risque adulte.

Le vrai jackpot en finance, ce n'est pas de multiplier par dix en un an. C'est de ne pas perdre ce qu'on avait quand les marchés se retournent. Et sur ce point, les bonnes vieilles actions n'ont pas encore dit leur dernier mot.

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Page affichée lundi 1er juin 2026 à 19h32m33