Charles-Henri Sabet, Global Head of Trading de Synthesis bank part of Saxo Bank fait l'analyse des marchés devises en 2007 et donne ses prévisions pour 2008
Incontestablement on se souviendra de 2007 comme l’année de l’euro. Au cours de ces prochains mois la monnaie européenne demeurera certainement soutenue, même si dernièrement nous avons pu constater une hausse du chômage et des prévisions de croissance économique légèrement à la baisse. La BCE (Banque Centrale Européenne) reste prudente quant aux risques de hausse des prix, ce qui dans notre vision va se résumer avec des taux inchangés tout au long du premier semestre 2008.
Le différentiel de taux entre les Etats-Unis et l’Europe est très proche, ce qui rend le dollar US vulnérable. Les prévisions de la Réserve Fédérale Américaine (Fed) nous incitent à nous attendre à des baisses de taux prochainement. Soyons clair : nous ne prévoyons en aucune façon des hausses de taux. On peut en déduire que l’euro restera fort pour quelque temps même si, à ses niveaux actuels, il paraît déjà très élevé.
La pression sur les marchés boursiers s’est renforcée depuis quelque temps et la décision prise par la Fed la semaine dernière de laisser ses taux inchangés n’a pas rassuré les marchés. Les marchés de crédit sont également très tendus.
En conséquence, les opérateurs ont réagi en réduisant leurs risques, également sur plusieurs marchés différenciés.
Mais est-ce que l’euro va se renforcer indéfiniment par rapport au dollar US? C’est la grande question que se posent une majorité d’investisseurs.
Un grand nombre de devises étrangères, en particulier le dollar US, paraissent sous-évaluées. Cependant par le passé nous avons également observé de plus grandes disparités. Des développements exceptionnels dans l’économie mondiale pourraient encore amener à des évaluations de niveaux exagérées sur le marché des devises.
Nous continuons de penser que l’euro pourrait encore s’apprécier contre le dollar US à des niveaux de 1.5000 à 1.5200.
Récemment les actifs à risques, liés à la croissance, ont été sous pression, car lors de sa réunion, mardi dernier, le FOMC (Federal Open Market Committee) a marqué une certaine retenue à réduire les taux. De plus, l’annonce du gouvernement chinois sur les mesures administratives pour amener la croissance à des niveaux soutenables a également augmenté la probabilité de voir un resserrement des conditions de crédit avant la fin de l’année. Les marchés ont réagi en diminuant leur part de risque sur la majorité des types d’actifs.
La plupart des discussions sur le marché des devises sont généralement basées sur les niveaux exagérés des cours actuels de change, à l’image de l’euro. Ce dernier est plutôt cher alors que le yen continue d’être sous-évalué et que la livre sterling est soit plutôt bon marché par rapport à l’euro, soit plutôt chère par rapport au dollar US.
En effet lorsqu’on se base sur la parité des cours, l’euro est surévalué d’environ 22% par comparaison au billet vert, ce qui constitue son plus haut niveau depuis 1995. Quant à la livre sterling elle est surévaluée de presque 28%, le dollar canadien de 15%, le dollar australien de presque 6% et le dollar néo-zélandais de 19%. Même le yen est devenu un peu plus cher mais de manière très raisonnable à un niveau de 2.5%.
Dans la période actuelle, il semble que les probabilités de revenir à des niveaux d’évaluation plus justes gagnent du terrain. De ce fait, les chances de voir de un dollar US plus fort dans un avenir proche sont très probables.
D’ailleurs un retour à l’équilibre des cours de change serait tout à fait possible comme nous avons pu être témoins avec la rapide amélioration de la balance commerciale américaine. De ce fait, sur l’euro/dollar US, nous nous sommes fixés un objectif à 18 mois de 1.2500.
Par contre, nous avons déjà subi des exagérations des cours de change par le passé. Le yen, par exemple, était surévalué de plus de 50% en 1995 ou, autre exemple, le mark allemand était sous-évalué de 40% en 1984 et surévalué de 30% en 1995.
Ces épisodes historiques nous prouvent que la possibilité de voir à nouveau des niveaux exagérés est toujours présente. Mais nous pourrions nous trouver dans un environnement ou historiquement les évènements exceptionnels se produisent soudainement plus fréquemment. Le fait que le marché immobilier américain soit en déclin est un évènement plutôt rare. Une révision substantielle à la baisse de la vision de la Fed de la tendance de croissance implicite est également un évènement plutôt rare. Le même raisonnement pourrait être tenu sur les signes de croissance du renforcement administratif chinois.
Des prix du pétrole, qui pour l’heure avoisinent les 100 dollars US, n’ont jamais été vus par le passé. Les disparités actuelles des marchés du crédit et du marché monétaire étaient inconcevables jusqu’à un passé très récent. Des constats similaires pourraient être faits sur les niveaux de volatilité exceptionnellement bas que l’on a pu relever ce qui a mené de nombreux investisseurs à investir dans une multitude de classes d’actifs à risques. Nous pensons donc qu’une extension des différences de la parité des cours est encore possible à court et moyen terme. En particulier lorsque d’autres facteurs paraissent dominer le renversement lent mais soutenu et lorsque l’environnement économique semble mené par des processus d’ajustements rares mais potentiellement violents.
Nous nous concentrons plus spécifiquement sur des risques de rapprochements des différentiels d’intérêts et sur une détérioration des afflux de capitaux pour financer le déficit du compte courant des Etats-Unis.
Dans un monde d’incertitude continuelle et de risques évidents de croissance, il est tout à fait concevable que les investisseurs des quatre coins du monde tentent de préserver leurs nouveaux investissements proches de leur environnement habituel. Ce serait donc une mauvaise nouvelle pour les pays dont les comptes courants sont en déficit, car ils dépendent largement de l’épargne d’autres pays. En particulier lorsque certains pays, connus pour afficher traditionnellement un surplus de leurs comptes courants, décident d’investir de manière croissante sur la production de capital national et d’importer des biens d’investissement, car cela pourrait s’avérer un scénario très négatif pour les destinations traditionnelles d’investissements financiers comme les Etats-Unis. Il y a quelques évidences qu’un tel développement serait en train de se mettre en place au Moyen-Orient, entre autres.
Une autre raison de s’attendre à une augmentation de mouvements substantiels dans certains cours croisés se base sur la popularité des stratégies de “carry-trades” dans un sens plus large. Au cours des dernières années nous avons relevé une large divergence des performances spot entre les devises à hauts rendements, d’une part, et à bas rendements, d’autre part. Néanmoins, étant donné la hausse d’aversion du risque et l’augmentation de la volatilité, cette divergence pourrait s’amenuiser voire disparaître. Nous faisons fortement allusion à tous les cours croisés en yen.
Première diffusion sur l’Agefi en décembre
2007
www.synthesisbank.com/fr?reflink=ON_PART_201207_P_PROS_BUSIWR_FR_FR
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