ROMAIN GUEUGNEAU
Pour ne pas perdre pied dans un marché incertain, voici ci dessous les règles d'or de l'investissement gagnant
Warren Buffett, Peter Lynch, Jim Rogers, Albert Frère... Pour beaucoup
d'investisseurs particuliers, ce sont des demi-dieux, capables de
changer quelques dollars en millions. Pourtant, ces gourous de la
finance ont amassé des fortunes colossales en appliquant des règles
d'investissement simples. Alors que l'incertitude règne sur les
marchés, voici les dix commandements pour bien investir, distillés par
quatre faiseurs de miracles financiers.
1 - Tu devras comprendre le métier de la société
Si l'activité de l'entreprise vous échappe, gardez vos billes !
C'est ainsi que Warren Buffett, grand ami de Bill Gates, n'a jamais
misé un dollar sur Microsoft. Le « sage d'Omaha » s'est détourné à la
fin des années 1990 du secteur des nouvelles technologies,
incompréhensible, pour investir dans les métiers de la brique ou de
l'isolation. Par conséquent, il fut l'un des seuls à n'avoir pas
souffert de l'éclatement de la bulle Internet.
Peter Lynch, lui, déniche des idées d'investissement dans la vie
quotidienne, auprès de ses proches. C'est sur les conseils de sa femme
qu'il a investi dans une société textile, Hanes, grâce à laquelle il a
gagné beaucoup d'argent. Pour Jim Rogers, investir dans les matières
premières est d'autant plus logique que ces actifs sont tangibles. Il
est en revanche plus difficile de comprendre les mécanismes d'Internet.
2 - Tu sélectionneras des sociétés rentables
Cofondateur du Quantum Fund (+ 4.000 % en dix ans), Jim Rogers a parié
sur le boom des matières premières dès 1998, en créant son propre
indice de matières premières.
« Ce sont toujours les bénéfices qui décident du sort de l'action. » Ce
constat est celui de Peter Lynch. Trouver une bonne action consiste
donc à dénicher l'entreprise dont la croissance régulière des profits
est assurée.
C'est plus facile lorsque la société a déjà prouvé sa capacité à gagner
de l'argent les années précédentes. La récurrence des bénéfices sera
d'autant plus assurée qu'elle dispose d'un avantage compétitif sur son
marché, d'où la nécessité de bien comprendre son métier.
3 - Tu privilégieras les entreprises au bilan solide
Les gourous privilégient également les entreprises dont l'endettement
est limité et la génération de cash-flow importante. Les sociétés qui
n'ont pas à se soucier de leurs dépenses d'investissement ont ainsi la
préférence de Peter Lynch. « L'argent qui rentre n'a pas besoin de
lutter contre celui qui sort », explique-t-il. Pour maîtriser ces
éléments, la lecture des rapports annuels s'impose.
4 - Tu jugeras la compétence du management
L'honnêteté et la compétence des dirigeants est déterminante. «
Aiment-ils l'argent ou leur métier ? », s'interroge Warren Buffett
avant d'acheter des actions. « S'ils aiment l'argent, ils auront
probablement des années difficiles dans leur métier », prédit-il. La
prise de participation au capital des dirigeants est également un bon
signe. « Si la direction possède une partie du capital, sa priorité
sera de rémunérer les actionnaires », affirme Peter Lynch.Avec des
prises de participation minoritaires mais significatives dans le
capital de grands groupes cotés, Albert Frère s'assure, lui, une
présence dans les organes de surveillance, afin de contrôler et
éventuellement d'influer la stratégie.
5 - Tu miseras sur les anciennes filiales des grands groupes
« Le fruit de la séparation d'une division ou d'une partie d'une
société qui prend son indépendance donne souvent des investissements
très lucratifs », souligne Peter Lynch.
Le gérant vedette de Fidelity fait remarquer que « les filiales
émancipées ont généralement de solides bilans et sont bien préparées
pour affronter avec succès leur nouvelle indépendance ».
Les parcours boursiers de Nexans et plus récemment celui d'Alstom
valident cette théorie. Les deux anciennes filiales d'Alcatel ont en
effet brillé sur les marchés depuis leur séparation de leur maison
mère, qui continue, en revanche, de décevoir.
6 - Tu agiras à contre-courant du marché
Les performances exceptionnelles du Fidelity Magellan Fund dans les
années 1980, fonds dont il fut le directeur pendant treize ans, ont
fait la renommée de Peter Lynch, grand admirateur de Warren Buffett.
Une des règles d'or de Warren Buffett est de ne jamais vendre quand les
cours baissent, et de ne pas acheter quand ils montent. Le « sage
d'Omaha » profite en ce moment de la crise des valeurs bancaires pour
renforcer ses positions dans Bank of America et Wells Fargo, moins
exposés à la crise des subprimes.
En 1998, lorsque les investisseurs se ruaient sur les nouvelles
technologies, Jim Rogers prédisait déjà le boom à venir des matières
premières, compte tenu du déséquilibre de l'offre et de la demande.
Il créa alors un indice sur les matières premières, le Rici. Depuis, la
performance de son indice a montré la justesse de ses prédictions.
Peter Lynch prend, quant à lui, un malin plaisir à s'intéresser aux
secteurs et aux entreprises délaissés par les analystes et les gérants.
7 - Tu préféreras les sociétés généreuses
« Savez-vous quelle est la seule chose qui me procure du plaisir ?
C'est de voir arriver mes dividendes. » La citation est de John D.
Rockefeller.
Et les gourous la reprennent volontiers à leur compte. « Les
actionnaires de sociétés cotées préfèrent percevoir des dividendes
réguliers et prévisibles, explique Warren Buffet. Les versements
doivent par conséquent refléter les prévisions à long terme des
résultats et de la rentabilité sur le capital investi. »
« L'existence d'un dividende atténue la chute des cours », fait en
outre remarquer Peter Lynch, évoquant le krach de 1987 et la bonne
tenue des valeurs de rendement.
8 - Tu ne diversifieras point
La diversification, les gourous n'y sont guère favorables. Selon Warren
Buffett, un investisseur au portefeuille trop diversifié n'a pas
confiance dans son propre jugement et ne comprend pas grand-chose à la
rentabilité d'une société.
Si Peter Lynch conseille de posséder autant de valeurs que l'on
découvre de situations d'investissement intéressantes, il avance
toutefois le nombre restreint de 3 à 10 lignes pour un petit
portefeuille (il en a possédé jusqu'à 1.400 !).
9 - Tu investiras dans une optique de long terme
Le baron belge est devenu un actionnaire influent au sein du CAC 40 via
ses sociétés d'investissement Groupe Bruxelles Lambert et Compagnie
Nationale à Portefeuille.
Les gourous sont des investisseurs patients. « Si vous n'êtes pas prêt
à conserver un titre pendant dix ans, n'essayez pas de l'acheter pour
le garder dix minutes », conseille Warren Buffett.
En témoignent les participations de longue date de Berkshire Hathaway dans Coca-Cola, American Express ou Procter & Gamble.
La gestion à long terme est aussi le « dada » d'Albert Frère. Il en a
récemment retiré un grand bénéfice (2,4 milliards d'euros), lorsqu'il
est sorti du capital du groupe allemand Bertelsmann, dont il était
actionnaire depuis trente ans.
10 - Tu ne liras pas dans le passé
En Bourse, les événements passés n'augurent en rien ceux à venir.
La hausse ou la baisse passée des marchés ne doit pas être interprétée comme un signal d'achat ou de vente.
Il est de toute façon impossible de prédire le marché, expliquent les gourous de la finance.
Seules les convictions d'investissement paient. Peter Lynch en est
convaincu : « Le marché n'est pas pertinent. (...) Je n'ai foi que dans
les belles valeurs. »
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