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Avec
des marchés d'actions de plus en plus difficiles à battre et des bons
gérants de plus en plus courtisés, de nombreuses sociétés de gestion en
sont convaincues: le talent a un prix que les épargnants doivent
accepter de payer. Aussi, pour certains fonds, elles ont ajouté aux
frais de gestion fixes une commission de surperformance. De quoi
s'agit-il? D'une partie du gain réalisé par le fonds au-delà d'un
niveau donné, qui tombe directement dans l'escarcelle de
l'établissement financier - et indirectement dans celle du gérant. En
soi, ce mécanisme n'est pas nouveau. Dans l'univers de la gestion
alternative, par exemple, les commissions de surperformance sont
courantes, avec pour objectif d'inciter les gérants à se dépasser. Leur
arrivée dans le monde de la gestion traditionnelle est plus récente. Et
ne laisse aucun établissement indifférent. Outre les traditionnelles
«petites» sociétés de gestion, dont le style de pilotage à forte valeur
ajoutée et indépendant des indices s'accorde parfaitement avec la mise
en place de ces frais variables, les grandes banques à réseau s'y
mettent à leur tour. Pas question toutefois d'imposer ces commissions
sur leurs fonds «benchmarkés», calés à quelques dizièmes près sur les
évolutions d'un indicateur de marché. En revanche, pour ceux qui
donnent au gérant les coudées franches, le pas a été franchi. A la
Société générale, au sein de la gamme HTE (pour High Tracking Error),
tant SGAM Invest Monde HTE que SGAM Invest France HTE affichent des
commissions de surperformance. A BNP Paribas, le mécanisme n'a pas
encore été mis en place, mais certains compartiments de la gamme
luxembourgeoise Parvest pourraient être concernés dès cette année... Traquer les abus Avouons-le,
dans un univers de plus en plus compétitif, la présence de ces
commissions n'est pas choquante. Après tout, si ces bonus existent,
c'est qu'ils permettent d'engranger de belles plus-values. Et, s'ils
peuvent éviter aux bons gérants de céder aux sirènes de la concurrence,
contraignant alors les souscripteurs du premier fonds à sortir leur
mise pour réinvestir sur le nouveau «bébé» - avec les conséquences
fiscales et patrimoniales que cela suppose -, ces frais variables ont
un intérêt évident. Reste cependant à traquer les abus que leur mise en
place peut engendrer. Car certaines sociétés de gestion peuvent avoir
la main lourde (voir tableau p. 58). Les
exagérations peuvent se manifester à deux stades. Tout d'abord, au
niveau du choix du seuil à partir duquel le prélèvement s'opère. Même
si l'Autorité des marchés financiers (AMF) veille à ce que cette
référence soit cohérente avec la gestion du fonds, les excès sont
toujours possibles. Concrètement, les sociétés de gestion ont deux
possibilités. Soit la référence est un indice boursier, soit il s'agit
d'une performance absolue: 7 %, 10 %, etc. Dans le premier cas,
l'ensemble a le mérite de la clarté. Exemple: Barclays Euro Opportunité
s'est donné l'indice DJ Euro Stoxx 50 comme référence ; SGAM Invest
Monde HTE a, de son côté, le MSCI World en ligne de mire, etc. Une
condition doit néanmoins être respectée: le mécanisme des commissions
de surperformance doit uniquement s'appliquer lorsque l'indice en
question réalise une performance positive. Un fonds qui baisse de 8 %
une année quand l'indicateur perd 20 % ne doit pas être l'occasion pour
la société de gestion de prélever sa dîme. Or, dans le monde de la
gestion alternative, cette pratique est fréquente. Méfiance, donc.
Autre point à examiner attentivement: le cas des fonds investis dans
plusieurs classes d'actifs. La référence, qui peut être également un
indice composite, est-elle toujours judicieuse? Pas sûr. Oddo ProActif
Europe, d'Oddo Asset Management, par exemple, est un fonds de gestion
flexible. Autrement dit, il donne carte blanche au gérant. Or la
commission de surperformance est établie à partir d'un indice composé à
50 % du DJ Euro Stoxx 50 et à 50 % de l'Eonia - autrement dit, le taux
du marché monétaire. Sachant que le pilote du fonds peut en théorie
consacrer jusqu'à 100 % du portefeuille en actions, il lui sera alors
facile d'enregistrer des gains nettement supérieurs à l'indice dans des
marchés haussiers. Et déclencher des frais variables... Seuils trop bas: méfiance Lorsque
la société de gestion détermine un niveau forfaitaire, la situation
peut également donner lieu à quelques dérives. Comment? Tout simplement
en fixant des seuils trop bas. A ce titre, l'un des fonds
luxembourgeois du géant britannique HSBC n'a pas hésité à établir une
commission de surperformance de 20 % au-delà d'une progression de... 5
%, alors qu'il est investi dans les quatre marchés émergents qui
disposent du potentiel de croissance le plus important - les fameux
marchés Bric, soit le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine! Compte
tenu de la performance réalisée au cours des douze derniers mois par
exemple (près de 40 %), on imagine la rente de situation dont profite
la banque. Dans la foulée, le niveau de la
commission prélevée par les établissements est très variable (lire
tableau ci-dessous). A priori, avec un indice comme repère, personne ne
dépasse les 30 % - un maximum selon l'AMF, bien qu'aucune
réglementation n'existe en la matière. Quoi qu'il en soit, il est
difficile de porter un jugement. Entre 30 % au-delà d'un indice et 15 %
au-dessus d'un niveau donné, bien malin qui pourra dire ce qui sera le
plus intéressant! Pour connaître «l'appétit» des sociétés de gestion,
mieux vaut s'en remettre au prospectus simplifié délivré lors de la
souscription ou consultable sur le site de l'AMF dans la base Geco
(www.amf-france.org). Les épargnants prendront connaissance dans la
partie A de ce document, dite statutaire, des caractéristiques exactes
du fonds, dont les éventuelles commissions de surperformance. Dans la
partie B de ce prospectus, dite statistique, ils obtiendront le détail
des frais effectivement prélevés au cours de l'exercice précédent. Une
mine d'informations, qui épingle les gérants les plus gourmands.
Exemple: RP Sélection France, de SPGP, a vu sa performance amputée en
2006 de... 4,32 % avec des frais variables représentant 12 % au-delà de
10 %. Autre exemple: George-V France, de la société George-V Asset
Management, dont les frais atteignent 4,46 %, avec une commission de
surperformance de 24 % passé le cap de 10 %, etc. Plutôt cher pour des
fonds qui n'investissent pourtant pas dans des marchés émergents... Prélèvements injustifiés Reste
également à savoir si ces commissions de surperformance constituent un
risque pour les épargnants. Autrement dit, ne vont-elles pas inciter le
gérant à piloter de façon dynamique ou, au contraire, à cesser toute
gestion active une fois les objectifs atteints, à seule fin d'augmenter
ses fins de mois? Sur ce sujet, toutes les sociétés de gestion
n'affichent pas la même transparence. D'une façon générale, le gérant
peut être intéressé aux résultats de son fonds. Mais des «filtres»
existent. Soit sous la forme d'une redistribution collégiale à
l'ensemble de l'équipe de gestion - limitant de facto le pouvoir du
gérant -, soit sous la forme d'un système de rémunération minorant le
poids de ces commissions de surperformance. Contrairement à ce qui se
passe dans les sociétés de gestion anglo-saxonnes, où elles peuvent
constituer l'essentiel de la rétribution du gérant. En outre, le
contrôle interne mis en place au sein des sociétés de gestion doit
exercer une force de rappel qui limite les éventuelles dérives. Avec
des marchés plus difficiles et des performances moins élevées, il est
naturel que les épargnants fassent davantage attention aux charges qui
pèsent sur leurs fonds. A commencer par les frais de gestion lorsque
ces derniers prévoient une partie variable. Cette démarche a d'autant
plus de sens que les «ponctions» peuvent être parfois lourdes. Lorsque
l'addition est vraiment salée, le gendarme de la Bourse peut d'ailleurs
se manifester. Fin 2005, le fonds Olympia Multigestion Europe prélevait
ainsi des frais de 5,49 %, avec une commission de surperformance (sic!)
de 7,5 % que la société prélevait chaque fin de trimestre!
Inacceptable, d'autant qu'il a réalisé de moins bons résultats que sa
référence, le MSCI Europe (18,31 %, contre 22,77 %). Depuis, la société
de gestion a changé son fusil d'épaule. Une commission de
surperformance de 15 % s'applique seulement lorsque le fonds bat son
indice. Autre exemple: pour Avenir Finance Europe, de la société de
gestion Avenir Finance Investment Managers, les frais variables ont
représenté, en 2006, 1,71 % sur un total de 5,31 %, malgré une
performance inférieure à celle du MSCI Europe (11,05 % pour le fonds,
contre 16,63 % pour l'indice en 2006). Explication: pour ce produit
proposé au sein d'un contrat d'assurance sans frais d'entrée ni de
gestion, le curseur qui déclenchait la commission de surperformance
était placé à 4 %! Depuis 2007, la règle a changé et le seuil est
devenu le... MSCI Europe. Voilà qui est plus normal Tarification variable Dans
la hiérarchie des frais de gestion, les trackers sont, de très loin,
les moinschers (0,3 % environ). Suivent les fonds indiciels (de 0,6 à
0,8 %) et les sicav «paquebots» des grandes banques (1,5 %). Pour le
moment, les frais de gestion majorés de commissions de surperformance
sont l'apanage des fonds des «petites» sociétés de gestion. Vérifiez la carte d'identité du fonds
Le prospectus simplifié comporte deux parties. La première - statutaire
- décrit le mécanisme de rémunération du fonds. La seconde est encore
plus intéressante: elle affiche ce qui a été réellement prélevé! Ce taux correspond aux frais de gestion réellement prélevés pour l'exercice considéré. Sextant PEA n'étant pas un fonds de fonds, ces frais ne se justifient pas. La
gestion et les performances sont excellentes. Et, comme le seuil qui
déclenche les commissions de surperformance est bas, les frais
variables sont élevés. Presque le niveau des frais fixes en 2006! Au total, le fonds a supporté des frais de 4,67 % en 2006. N'oubliez pas les frais fixes Incontournables, les frais fixes de gestion restent la charge la plus lourde pour les fonds d'investissement. Globalement,
lorsqu'ils sont investis sur des grands marchés comme ceux de la zone
euro, ils sont compris entre 1,8 et 2 % selon les établissements, les
«petits» étant plus gourmands que les grandes banques. Attention, il ne
s'agit que de moyennes. Certaines sociétés de gestion appliquent des
frais bien plus élevés que d'autres et il est fréquent que certains
fonds affichent des frais de gestion de 2,4 %. Même s'ils investissent
sur le marché français des grandes valeurs! Attention, toutefois, à ne
pas confondre les frais de gestion maximaux - qui représentent le
niveau des charges que peut fixer la société de gestion sans être
soumise à de lourdes démarches administratives en vue d'informer les
porteurs de parts - et les frais de gestion réellement prélevés. A ce
jeu, des établissements peuvent caler les charges de leurs fonds au
maximum, tandis que d'autres peuvent se montrer plus raisonnables et
afficher des frais nettement inférieurs. Pour prendre connaissance de
la gourmandise des établissements, une rapide lecture de la partie B du
prospectus, dite statistique, est nécessaire. Attention également à
tenir compte des frais annexes (frais de transaction, commissions de
mouvement, etc.) et, bien évidemment, des commissions de
surperformance, qui pourront sensiblement alourdir la note finale J.-F. T.
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