La réaction de Thierry Ehrmann, fondateur et PDG d’Artprice, à cette ouverture
Challenges : Vous êtes sans doute ému d’ouvrir cette place de marché.
Cela fait combien d’années que vous faites du lobbying pour libéraliser
les enchères ?
Thierry Ehrmann : Cela fait 12 ans que je milite pour faire sauter ce
monopole. Et entre-temps, j’ai épuisé sept ministres de la culture, qui
m’ont tous du m’écouter sans pouvoir toujours agir. Pendant ce temps,
j’ai fait monter en puissance Artprice. Et jusqu’à aujourd’hui, c’était
une place de marché où de plus en plus de d’amateurs viennent acheter
des centaines de milliers d’oeuvres au prix fixé par des dizaines de
milliers de vendeurs.
En 2005, nous avions 1,3 milliards de dollars d’oeuvres présentées. En
2008, on était à 4,5 milliards et en 2010, nous avons atteint le chiffre
de 6,3 millions d’œuvres présentés. Sur ce total d’œuvres présentées,
environ 30% sont vendues chaque année, sans que nous puissions être
commissionnés.
Mais pourquoi les clients voudraient-ils passer par vous, et se mettre à
payer des commissions alors qu’ils peuvent vendre sans enchères ?
Parce que le système des enchères est magique et qu’il permet de vendre
plus vite et plus cher les biens. La commission que nous prenons devient
marginale si vous parvenez à vendre jusqu’à deux fois plus cher !
Les Sociétés de ventes volontaires, comme Christie's et Sotheby's, ont, à
travers le Conseil des ventes volontaires, cherché à entraver votre
lancement. Cela semble s’être arrangé comme par miracle. Qu’est-ce qu’il
s’est passé ?
Je leur ai tout simplement expliqué et prouvé que j’observais
strictement le texte de la loi du 20 juillet 2011. Mais, au fond, je
pense que cette ouverture ne leur fera pas de mal. La plupart (82%) des
Maisons de ventes, dans le monde, passent pas Artprice pour réalise leur
catalogue. Elles passeront aussi par nous pour réaliser leurs ventes
aux enchères électroniques.
Elles conserveront leur commissions et nous en rétrocéderont une petite
partie, comme si nous étions une société d’ingénierie informatique, en
échange de quoi elles accéderont à notre fichier, qui est le plus
important du monde, et qui détaille les gouts, les habitudes, les
recherches et les achats de nos 1,3 millions de membres payants, qui
sont aussi, leurs acheteurs…
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