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LONDRES (Dow Jones)--Si Eurotunnel, qui croûle sous les dettes, peut se passer d'un tiers de ses effectifs, on peut se demander pourquoi il a gardé autant d'employés depuis aussi longtemps.
Cela dépasse l'entendement, notamment parce que le président exécutif de l'opérateur du tunnel sous la Manche, Jacques Gounon a déclaré jeudi, lorsqu'il a annoncé 900 suppressions d'emplois, qu'Eurotunnel doit être plus flexible, plus réactif aux besoins du marché et plus à l'écoute des exigences de ses clients.
Il est possible que les clients en question souhaitent une réduction significative des prix, mais ils veulent également que le service soit de bonne qualité. Et il est difficile de croire que la suppression d'un tiers des effectifs ne va pas affecter ce qui est dans l'ensemble considéré comme un service de qualité.
En fait, cela fait déjà pas mal de temps qu'Eurotunnel tente de mieux adapter ses services à la demande. Et comme il y aura davantage de réductions d'effectifs du côté britannique qu'en France, l'équilibre entre les deux bouts du tunnel risque d'être rompu.
Et comme on peut présumer que la partie française d'Eurotunnel reste en sureffectif, d'autres réductions de postes semblent inévitables.
Financièrement, Eurotunnel est toujours sur la brèche. Le groupe a longtemps espéré pouvoir trouver, avant que les remboursements commencent, un moyen mieux adapté de financer son endettement. Mais personne n'a jamais voulu écouter, et l'opérateur du tunnel sous la Manche s'est retrouvé dans une situation de plus en plus difficile.
Eurotunnel a 9,1 milliards d'euros de dettes et il croule sous le poids des intérêts. Le spectre de la faillite rôde, à moins que Jacques Gounon ne réussisse à parer aux pressions exercées par quelques 200 banques ou les persuade d'effacer une partie de sa dette.
A ce jour, les efforts d'amélioration de l'efficacité opérationnelle ont pour objectif de montrer aux créanciers d'Eurotunnel que sa direction est sérieuse. Mais bien que le chiffre d'affaires d'Eurotunnel se maintienne, peu nombreux sont ceux qui vont considérer Eurotunnel autrement que comme une activité arrivée à maturité qui devrait, sans le poids de son endettement, être capable de générer des liquidités.
On est loin d'avoir atteint ce stade. Onze ans après que le premier passager payant ait emprunté le tunnel sous la Manche, Eurotunnel reste un désastre financier, qui n'a jamais été à la hauteur de ses ambitions et résulte du rêve inaccessible d'une génération passée.
Réduire les effectifs fait peut-être partie d'un projet visant à convaincre les banques qu'Eurotunnel mérite d'avoir un avenir financier plus certain, mais il est improbable que les créanciers du groupe mordent à l'hameçon.
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